Turbo Haüs est la grande blague interne de Montréal jouée complètement sérieusement : « un cocktail bar qui met en scène des spectacles de groupes qu'on aime — anti-mosh, pro-danse, enthousiastes du disco », comme il se le décrit avec malice, ce qui en pratique signifie l'un des petits lieux de rock les plus aimés de la ville, au 2040 rue Saint-Denis dans le Quartier Latin, où les cocktails sérieux et les guitares glorieusement bruyantes partagent le même toit. La salle est construite pour les groupes et les gens qui les aiment : une vraie scène encadrée par des chevrons de bandes LED à changement de couleur, une sonorisation maison et une chaîne de jeu complète (Marshall JCM 900, Ampeg SVT, une batterie Ludwig) prête pour les tournées, un coin de vente de produits dérivés sous une enseigne au néon rose — et une politique maison, affirmée fièrement dans sa fiche technique, selon laquelle Turbo Haüs ne prend jamais de pourcentage sur les ventes de marchandise, une petite clause qui dit tout sur le camp dans lequel se trouve le lieu.
La programmation tourne pratiquement chaque soir et se lit comme une carte du souterrain musical. Les semaines sont ancrées par des soirées régulières gratuites — La Vie Session, du karaoké live avec groupes chaque lundi de 20h à minuit; Open Haus, l'open mic du mardi où la chaîne de jeu complète est disponible pour les groupes de tous les genres (pas de comédie, merci); et Growve, les jam sessions du mercredi billées comme « le meilleur mercredi en ville ». Autour tourne un calendrier dense de punk, hardcore, indie et tout ce qui s'en rapproche : les derniers mois ont accumulé des spectacles de matinée, des sorties d'EP et de cassettes, des raves toute la nuit, une Pop Culture Affair, des tournées en provenance de New York et du Minnesota, et des programmations avec quatre noms d'affilée avec des actes comme Miracle Blood, Debbie Christ et Taxi Girls — la plupart des billets se situant dans la fourchette conviviale de 10 $ à 20 $, avec des portes généralement à 20h.
Le bar se prend exactement aussi sérieusement qu'il le devrait. Les cocktails maison (14 $ à 16 $ le verre, la plupart disponibles en pichets de 50 $ pour la table) portent des noms qui pourraient être à l'affiche du lieu lui-même : le TurboGoblin (gin, amémelade, matcha, eau de rose et aquafaba), le Strawberry Switchblade, la Fist City Margarita piquante avec jalapeño et sel d'épices maison, Mr. Brineside — un martini « xxxtra sale » chargé d'olives, de piments forts et de pepperoncinis — plus un slush maison changeant du moment (9 $, ou 14 $ avec bière ou alcool, bien sûr). La liste des mocktails reçoit aussi beaucoup de soin, de la limonade maison TurboLimo au Prestonite avec cordial de citron kaffir, tandis que les robinets versent bon marché et joyeux — des pichets de Pabst à 22 $, un 5à7 de 5 $ uniforme, et Turbo Soif, la propre canette de collaboration du bar avec la brasserie Espace Public, aux côtés du cidre du Québec de Rabaska.
Bruyant, généreux et complètement dépourvu de prétention, Turbo Haüs est le rare endroit qui traite un groupe punk en tournée et un martini bien fait avec le même respect — une institution de quartier où les cocktails sont ingénieux, le prix d'entrée est juste, l'argent des produits dérivés va au groupe, et il y a quelque chose qui vaut la peine d'être entendu presque chaque soir de la semaine au cœur du Quartier Latin.